travers la vitrine, un cheval de manège, un peu défraîchi vous regarde goguenard. Au dessus de la porte, un nom délicieux : "Le Ludion, Manufacture de limonaires et d’orgues de Barbarie". Vous êtes à Toulouse, dans l'un des rares ateliers européen de facture d’orgues mécaniques. Depuis 1976 Ève Chaillat & Philippe Crasse dirige cette entreprise et anime l'association "Faites de la Musique Mécanique". Parce que la facture d'orgue est un travail d'équipe ; ils se sont entourés d'artisans d'art, tous passionnés. Facteur d'orgues bien sûr, arrangeur, tourneur sur bois, ébéniste, peintre-décorateur ...

Ensemble ils restaurent  et entretiennent des pièces anciennes de musique mécanique rarissimes. Une école d'humilité : "Il nous a fallu des heures, des années d'observation, d'écoute, de comparaison, d'humilité avant d'affiner notre goût, de former notre oreille [...] Chaque instrument véhicule en plus de la charge émotionnelle son propre passé culturel nous avons dû apprendre à les connaître pour mieux les apprécier. (...)" et de patience ... Le travail sur une pièce à musique de l'importance d'un orgue de manège peut s'étaler sur deux ans !

La présence de leurs œuvres dans les collections publiques souligne la qualité de leur travail : en France et en Suisse mais également au Japon : au  Musée Funaki de Kiyosato,  un lieu exigeant qui abrite une des belles collections mondiales d'instruments mécaniques.

Parallèlement ils conçoivent des orgues contemporaines, de véritables orgues à flûtes destinées aussi bien aux artistes professionnels qu'amateurs. Aucun son électronique en ces murs ...

Alors, si la nostalgie vous tenaille, pourquoi ne pas vous initier à la facture d’orgues de Barbarie ? Leur association "Faites de la musique mécanique" organise des stages ...

Vous en apprendrez un peu plus sur l'histoire de cet instrument mécanique qui fut longtemps le gagne-pain des gens de la rue. Une tradition savoyarde du colportage, qu'un italien de Modène, Giovanni Barbari transforma en 1700 en orgue portatif. A l'origine, plusieurs mélodies étaient notées sur des cylindres hérissés de goupilles. On changeait de cylindre pour changer de répertoire. Mais le système restait fragile.

A la fin du XIXème siècle, inspirées par les travaux de Leibniz sur le système binaire,  apparaissent des bandes de cartons perforées constituées de volets articulés facilement pliables et transportables. En 1892, pressentant une évolution majeure de la musique mécanique, la maison Gavioli s'empresse de déposer un brevet pour commercialiser cette innovation.

Le répertoire s'étend. Parallèlement,  l'instrument s'enrichit au fur et à mesure de nouveaux registres (une rangée de tuyaux ayant le même timbre). L'orgue de Barbarie  autorise désormais toutes les interprétations et bientôt se fait compagnon idéal des voix vagabondes. Au détour des rues retentissent  ballades et airs à la mode tandis que, dans les salons, il est le seul moyen d’écouter les derniers airs d’opéras et opérettes. Pour la petite histoire :  les mutilés des guerres napoléoniennes, les grognards, en reçoivent un en guise de pension ...

L'avènement de la machine parlante et des appareils à disques gravés mettent à un terme à cette histoire. L'orgue de Barbarie devient objet de collection, de musées et .... retrouve sa place au coin des rues grâce aux nombreux amateurs sensible au charme de cet instrument acoustique.

Le Ludion
, 2 Rue Fermat
F - 31000 TOULOUSE (FRANCE)
Tel +33 (0) 561 528 602
Fax +33 (0) 561 528 616
Mobile +33 (0) 607 624 394

http://www.leludion.com

 

Photographies : Jean Louis GARNELL: © collection  Le Ludion : orgue de barbarie Gavioli à trompettes - clown automate passe-boule forain - orgue de barbarie ludophone