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Les Marchands de tissus - BNF, Paris - D.Rultivé avec succès depuis le xème siècle dans le Nord de la France en Thuringe et en Alsace, la guède (nom commun du pastel des teinturiers) trouve au XII siècle en Languedoc des conditions géologiques et climatiques idéales pour son développement. Deux siècles plus tard le coeur économique du commerce pastelier est à Albi et rayonne sur quatre départements (Aude, Ariège, Haute-Garonne, Tarn). La production est abondante et peut atteindre 22 tonnes à l'hectare.
La teinture obtenue est de grande qualité mais ne peut être exploitée dans la région faute d'une industrie textile capable de rivaliser avec les productions anglaises ou flamandes. Le sort de la guède est déjà étroitement liée à l'exportation. Acheminées par chars à boeufs les balles de pastel rejoignent l'Espagne, l'Italie mais aussi l'Angleterre et les Flandres. Ainsi le 8 Novembre 1404, parviennent à Bristol sur la côte anglaise 13 navires en provenance de Bayonne et 4 de Bordeaux, soit un volume de 127 mètres cubes de chargement de pastel (156 tonneaux). (Nadine Lanneau). Toute l'Europe s'enthousiasme pour cet Or bleu qui va forger la légende du Pays de Cocagne.
Ce pays mythique de miel et de lait ou la vie s'écoule paisiblement.
Mais les marchands albigeois manquent de capitaux et au siècle suivant, Toulouse, forte d'une structure bancaire mieux organisée, devient la capitale incontestable du pastel. Ses marchands réorganisent complètement la filière la production en s'appuyant sur des collecteurs qui achètent la récolte en feuilles, la transforment en teinture pour la revendre aux marchands qui eux, la commercialisent.

Pour cela ils possèdent un atout de taille :La Lettre de Change - Livre des bonnes moeurs - D.R la lettre de change. Son signataire s'engage à rembourser, à terme, le destinataire de la lettre dans une autre monnaie que celle du prêt. L'insécurité des routes a imposé ce mode de transaction et la ville Lyon comme une des grandes places financières européennes . Dès 1209 la première banque y a été établie par Ponce Chaponnaye. Et c'est encore à Lyon que François Ier a instauré en 1543 une grande banque publique qui prête au taux de 8%. Pourtant, Toulouse parvient à concurrencer la capitale des Gaules comme carrefour commercial : trente changeurs y officient.

Les marchands pasteliers,  futurs Capitouls sont surtout d' habiles investisseurs, à l'origine de nouvelles pratiques commerciales. Jean de Boisson expérimente l'envoi d'échantillons à ces futurs clients; Pierre Fabre et son fils Antoine, privilégie le transport fluvial sur la Garonne, délaissant le traditionnel chars à boeufs; les frères Lancefoc, Pierre et Simon, multiplient les comptoir à la tête desquelles  ils placent des membres de leur famille afin d'en assurer la bonne marche; des sociétés de marchands se créent, contrôlant pour la première fois un système capitalistique complet, de l’auto-production à la vente ...

L'effondrement de ce commerce florissant sera aussi rapide que son ascension. De 1559 à 1561, les récoltes sont abondantes mais de qualité médiocre. Pour maintenir les prix élevés, les marchands toulousains multiplient spéculations et escroqueries ( fonds de ballots mouillés pour en augmenter le poids, coupage de l'agranat avec du sable  ...). Le marché est saturé et les cours s'effondrent sur les places financières du nord de l'Europe. Les guerres de Religion qui enflamment le royaume à partir de 1562 ne font qu'accélérer la désorganisation des routes commerciales ... La disparition irréversible du pastel est engagée. D'autant plus que la "teinture du diable", son concurrent, le fameux indigo s'impose auprès des teinturiers. La production subsiste tant bien que mal en Lauragais soutenue en vain par des décrets protectionnistes comme l'Ordonnance de Colbert de1667. Ainsi en 1669 on compte encore une centaine de moulins pasteliers en albigeois; trente-deux ans plus tard ils ne sont plus que soixante.

Le 26 Pluviose du calendrier républicain  fut consacré à la guesde


Le blocus continental de 1806, stoppe temporairement les importations d'indigo en France. Or la Grande Armée   Napoléonienne en a cruellement besoin pour la teinture de ses uniformes (environ cent cinquante tonnes). Napoléon imagine la renaissance du pastel et lance un vaste programme de remise en culture sur tout le territoire : 14 000 hectares sont à nouveau exploités. La fin du blocus met un terme à l'initiative et l'"herbe du Lauragais" ne sera plus utilisée que comme plante fourragère jusqu’au XIXème siècle.

Dès lors les progrès de la chimie ouvre la porte aux inventions chromatiques et rompt un rituel séculaire de teinture à base de matières colorantes naturelles : le temps est venu des couleurs de synthèse.
Colorants de synthèse - D.R

Depuis quelques années, le pastel revit en Lauragais, sur ses terres d'origine. Un groupement agricole, le G.C.O ( Groupement Coopératif Occitan ), soutenu par l'école Nationale de Chimie de Toulouse, expérimente sa culture comme oléagineux. La graine (et non plus la feuille) de l'Isatis Tinctoria produit en effet une huile grande qualité utilisée notamment en cosmétique. L'Or Bleu bénéficie égalementi d'un regain d'intérêt touristique : un musée, le seul en France sur ce thème, lui est désormais consacré au château de Magrin, point de départ d'un itinéraire touristique original distingué par la Communauté Européenne ...

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