
iola Odorata" ou "Violette odorante" ... L'emblème
de Toulouse, au bleu si caractéristique, porte bien son nom; son parfum ne contient
pas moins de 40 chromosomes contre 20 pour une fleur ordinaire ! De quoi embaumer les
hivers de la ville rose. Pourtant, sa fleur la plus célèbre a bien failli disparaître
...
La violette serait arrivée dans la région, en provenance de Parme via les
guerres dItalie en 1854. Bientôt, elle devient le symbole de Toulouse.
Un de ses atouts est de fleurir l'hiver. Cultivée en alternance avec les légumes,
la violette apportait un revenu d'appoint conséquent aux maraîchers locaux qui
l'adoptèrent rapidement. Le succès est fulgurant; ce sont des milliers de fleurs qui
sont expédiées par train dans toute l'Europe (Angleterre, Russie, Autriche,
Hongrie, Allemagne ...). Pour la petite histoire , "Chaque jour , un train
de 3 à 6 wagons partait vers Paris, chargé de bouquets de violettes ... " (Nathalie Casbas, horticultrice).
Parallèlement les grands parfumeurs comme Roger et Gallet (Vera Violetta en
1892) ou Houbigant (Violette Pourpre en 1907) s'entichent de son essence florale
très verte.
Au nord
de la ville, six communes se sont spécialisées dans sa production : Saint Jory,
Lalande, Launaguet, Aucamville, Castelginest, et Saint Alban; regroupées en 1908 dans une
coopérative "la coopérative des producteurs de Violettes et d'Oignons"chargée
de contrôler la commercialisation de la précieuse Viola Odorata. En 1950, 600
producteurs exploitent 20 Hectares de culture, et l'engouement du public ne faiblit
pas, habilement relayé par des innovations industrielles. La violette se décline
en liqueur, parfum et autres confiseries.
Derrière ce succès apparent, le déclin de cette production est déjà amorcé. En l'absence de croisement ( la violette de Toulouse, rosette herbacée stérile, était multipliée par bouturage) les souches dégénèrent et les maladies appauvrissent les plants. Et puis le goût du public est versatile, il se tourne déjà vers d'autres fleurs, cultivées sous serres, et disponibles toute l'année .... En 1983, la coopérative ferme ses portes; il reste 3 producteurs de violettes à Toulouse.
Deux ans plus tard, un ingénieur agronome de la Chambre d'Agriculture, Mr Roucolle s'émeut d'une disparition annoncée. Comme pour le Pastel ou le Safran du Quercy, autres productions historiques de la région, une véritable opération de sauvetage se met en place.
Une association
de jeunes horticulteurs se constitue en 1985 pour relever le défi : "L'Association
des producteurs de Violette". Après une phase de recensement et conservation
des derniers plants de violette disponibles, une quinzaine de site de production est
relancée, grâce à la culture in vitro, et près de 15 000 nouveaux plans mis en
culture - Aujourd'hui ils sont 50 000 -
Une appellation "Violette de Toulouse" est déposée à l'INPI
pour crédibiliser la commercialisation renaissante des violettes en bouquets et
pots. Par chance, l'existence d'une industrie traditionnelle facilite la relance de cette
culture en lui offrant des débouchés immédiats. Les parfumeurs s'intéressent à ses
feuilles, les liquoristes à ses racines, les confiseurs à ses fleurs ... Toute une gamme
de nouveaux produits apparaît sur le marché, les médias nationaux redécouvrent cette
fleur étonnante et s'enthousiasment pour son image traditionnelle et délicate. La Mairie
de Toulouse, elle-même, décide en 1990 de cultiver des plants de violettes aux serres
municipales ... Presque 10 ans plus tard, la "ville rose" accueille le 5ème
Congrès International de la Violette ... Comme un parfum de retour aux sources.
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