![]() |
«Enfleurage», «Concrète» , «Absolue» ... Les mots du parfum, comme ceux du vin, intriguent. Pour tenter den percer le mystère, une destination simpose : Grasse, la ville où les cheminées dusines embaument les ruelles dune délicate odeur de jasmin. Fière de son histoire florale qui remonte au XVIe siècle, la cité provencale se targue dêtre la capitale mondiale du parfum. Car ce site médiéval, juché à 350 mètres daltitude, abrite en ces murs quelques un des plus anciens noms de la parfumerie française. Parmi eux la maison Molinard dévoile à ses visiteurs quelques secrets dalchimiste... |
Bien quapprécié dès lAntiquité comme offrande religieuse ou plaisir profane, les parfums ne sont utilisés au Moyen-Age, dans un souci dhygiène quen fumigations dherbes aromatiques. Les croisades vont favorisé dans toute lEurope Occidentale le véritable art du parfum et la diffusion de senteurs nouvelles comme le jasmin, le musc ou lambre. La mode des cuirs parfumés se répand. En 1190 Philippe Auguste reconnaît la corporation des gantiers-parfumeurs et accorde alors aux maîtres gantiers le privilège exclusif de vendre cuirs et de «préparer parfums, crèmes et onguents» A la Renaissance une nouvelle mode venue dItalie fait fureur, celle des gants parfumés. Or, pendant des siècles, la tannerie fût lactivité principale de Grasse. Dès le Moyen-Age la ville est réputée pour la qualité de ses cuirs dune couleur verte unique. Alors que leurs conccurents utilisaient la traditionnelle écorce de chêne (le «tan») pour traiter les cuirs, les artisans de Grasse récoltaient sur les côteaux du pays de la myrthe et de la lentisque quils réduisaient en poudre afin de préparer les peaux brutes en provenance du Nouveau-Monde. Vers 1560, le jasmin «Grandiforum» en provenance du Népal, est acclimaté avec succès dans la région. Les tanneurs de la ville se tournent donc, vers cette fin du XVle siècle, dans la ganterie fine en parfumant délicatement cuirs, gants et pourpoints avec des huiles odoriférantes Mais la crainte des empoisonnements (René le Florentin aurait empoisonné les gants de la Reine de Navarre!) fait vite retomber cette mode. Le XVIIIe siècle voit évoluer cette ganterie- parfumerie vers la simple parfumerie. La campagne grassoise se couvre de roses centifolia, de jasmin, de jonquilles qui poussent à merveille sous ce climat doux et permettent une extraction unique au monde. Peu de temps avant la Révolution Française «la moitie de lEurope tire de Grasse ses essences».
En 1849, à Grasse, un chimiste du nom de Molinard compose dans le secret de son laboratoire, dexcellentes eaux parfumées vendues dans une échoppe du centre de la ville. Lépoque est comme prise dune frénésie de parfum : quasiment toute la parure féminine est rehaussée de patchouli et le monde médical préconise même le parfum pour soigner les troubles nerveux .
Sur sa lancée, en 1937
Molinard invente le parfum solide, une cire végétale des fleurs utilisée directement
comme parfum: le «Concreta», subtil et sans alcool dont lIllustration se fait
lécho Consciente du prestige lié à son passé et à son art, la société lève un coin du voile et propose aux visiteurs un parcours dinitiation qui marie sensibilité olfactive et plaisir de lintelligence.
Après la théorie, la pratique. L "Atelier de Tarinologie" attend désormais les visiteurs redevenus élèves studieux le temps dune séance : cest là une animation originale pour apprécier combien la parfumerie est un art scientifique. Le «nez» dispose dans un "orgue" dune palette denviron 5.000 à 6.000 odeurs différentes, chacune possédant sa note et sa personnalité. Le créateur doit tenir compte non seulement de l'odeur, de sa ténacité mais aussi du degré de volatilité des différentes essences qui entrent dans sa composition, et de leur réaction sur la peau. Un parfum peut contenir près de 600 composants différents et demander plusieurs années de recherches, de tests minutieux. Les cours, dans le cadre 1900 de la Villa Habanita, sont assurés par un maître-parfumeur. Première étape : Le studio volatile. Un cours théorique dune heure pour expliquer les différents techniques de fabrication d'un parfum et procéder aux premières séances d'olfaction de bases et dessences. Deuxième étape : le studio fixateur. Ce cours permet à chaque élève de créer son propre parfum et de le recommander à tout moment, car chaque formule est tenue secrète par Molinard. Une boutique conclut logiquement la visite.Vers 1900,
Molinard a crée un splendide salon de vente typiquement provençal pour recevoir anglais
et russes qui prennaient leur quartier dhiver sur la Riviera. La petite histoire
raconte que la Reine Victoria elle-même ne manquait jamais, quand elle était à Grasse,
de se faire présenter les eaux parfumées Molinard Jeune. Enrichi dune collection
exceptionnelle de meubles régionaux des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, ce salon a été
transformé en petit musée de la parfumerie. On peut y découvrir quelques une des plus
fabuleuses créations des grands maîtresverriers : des flacons anciens signés Lalique
ou Baccarat. Poétiques aussi les objets, les documents évoquant lhistoire de
Molinard et celle de lindustrie locale comme ses cartes parfumées pour le linge ou
ces étiquettes des XVIIIème et XIXème siècle.
Pour en savoir plus avant de partir :
«Les plantes à parfum et huiles essentielles à
Grasse : botanique, culture, chimie, production et marché», Gilly, Guy, L'Harmattan,
1997 «L'image publicitaire des parfums : communication olfactive», Julien, Mariette, Harmattan Inc., 1997
illustrations. fonds Molinard - D.R |