Molinard Parfumeur depuis 1849

Bouquet  

«Enfleurage», «Concrète» , «Absolue» ... Les mots du parfum, comme ceux du vin, intriguent. Pour tenter d’en percer le mystère, une destination s’impose : Grasse, la ville où les cheminées d’usines embaument les ruelles d’une délicate odeur de jasmin.

Fière de son histoire florale qui remonte au XVIe siècle, la cité provencale se targue dêtre la capitale mondiale du parfum. Car ce site médiéval, juché à 350 mètres d’altitude, abrite en ces murs quelques un des plus anciens noms de la parfumerie française.

Parmi eux la maison Molinard dévoile à ses visiteurs quelques secrets d’alchimiste...

Molinard

 

 

Bien qu’apprécié dès l’Antiquité comme offrande religieuse ou plaisir profane, les parfums ne sont utilisés au Moyen-Age, dans un souci d’hygiène qu’en fumigations d’herbes aromatiques. Les croisades vont favorisé dans toute l’Europe Occidentale le véritable art du parfum et la diffusion de senteurs nouvelles comme le jasmin, le musc ou l’ambre. La mode des cuirs parfumés se répand. En 1190 Philippe Auguste reconnaît la corporation des gantiers-parfumeurs et accorde alors aux maîtres gantiers le privilège exclusif de vendre cuirs et de «préparer parfums, crèmes et onguents»…A la Renaissance une nouvelle mode venue d’Italie fait fureur, celle des gants parfumés.

Or, pendant des siècles, la tannerie fût l’activité principale de Grasse. Dès le Moyen-Age la ville est réputée pour la qualité de ses cuirs d’une couleur verte unique. Alors que leurs conccurents utilisaient la traditionnelle écorce de chêne (le «tan») pour traiter les cuirs, les artisans de Grasse récoltaient sur les côteaux du pays de la myrthe et de la lentisque qu’ils réduisaient en poudre afin de préparer les peaux brutes en provenance du Nouveau-Monde. Vers 1560, le jasmin «Grandiforum» en provenance du Népal, est acclimaté avec succès dans la région. Les tanneurs de la ville se tournent donc, vers cette fin du XVle siècle, dans la ganterie fine en parfumant délicatement cuirs, gants et pourpoints avec des huiles odoriférantes…Mais la crainte des empoisonnements (René le Florentin aurait empoisonné les gants de la Reine de Navarre!) fait vite retomber cette mode. 

Le XVIIIe siècle voit évoluer cette ganterie- parfumerie vers la simple parfumerie. La campagne grassoise se couvre de roses centifolia, de jasmin, de jonquilles qui poussent à merveille sous ce climat doux et permettent une extraction unique au monde. Peu de temps avant la Révolution Française «la moitie de l’Europe tire de Grasse ses essences».

Molinard

 

 

En 1849, à Grasse, un chimiste du nom de Molinard compose dans le secret de son laboratoire, d’excellentes eaux parfumées vendues dans une échoppe du centre de la ville. L’époque est comme prise d’une frénésie de parfum : quasiment toute la parure féminine est rehaussée de patchouli et le monde médical préconise même le parfum pour soigner les troubles nerveux .

Flacon LaliqueEn 1900, pour faire face au succès de «Molinard Jeune, parfumeur-distillateur» une usine est construite. 20 ans plus tard, le pays, meurtri par la guerre aspire à l’exubérance. La maison Molinard, au coeur des «années folles» entre jazz et Art Déco, s’impose définitivement dans l’histoire de la parfumerie par la création d’HABANITA, devenu depuis un classique. A cette période Baccarat et René Lalique imaginent pour la marque de splendides flacons. Une véritable révolution technologique et commerciale : désormais le lancement d’un parfum s'accompagne d’un nom qui en est le symbole et de la création d'un flacon individualisé qui en est la représentation .

 

Sur sa lancée, en 1937 Molinard invente le parfum solide, une cire végétale des fleurs utilisée directement comme parfum: le «Concreta», subtil et sans alcool dont l’Illustration se fait l’écho flacon Lalique: «une trace de Concreta derrière l’oreille suffit à vous rendre la plus captivante des femmes…» .

Quatre générations plus tard, Molinard est toujours une société familiale à vocation internationale, présente dans 40 pays. Membre du comité Français du Parfum et de la Fédération Française de   la Parfumerie, ce nom est une référence.

Consciente du prestige lié à son passé et à son art, la société lève un coin du voile et propose aux visiteurs un parcours d’initiation qui marie sensibilité olfactive et plaisir de l’intelligence.

Molinard

 

 

 

Musée Molinard à GrassesLa visite est conçue est en plusieurs étapes. Tout d’abord, un parcours guidé permet au visiteur de découvrir comment se fabrique un parfum; des matières premières aux produits finis en passant par les procédés d'extraction. A l’origine, l’industrie des parfums était exclusivement fondée sur l’utilisation de produits naturels végétaux et animaux (Eau de Hongrie à base de romarin, Eau de Cologne...). A la fin du XIXème siècle le grand développement de la chimie organique et de l’industrie pétrolière vont favoriser la naissance d’une industrie de la parfumerie de synthèse. Dans ce musée, ce sont les divers procédés de fabrication à partir de matières premières végétales qui sont présentés. Enfleurage à chaud ou froid, distillation, extraction des produits floraux par dissolvants volatils. A ces méthodes s’ajoutent diverses manipulations telles que rectification, fractionnement, déterpénation, décoloration, etc… qui améliorent et raffinent encore les nombreuses matières premières devant servir à la composition et à la fabrication des parfums. 

 

Après la théorie, la pratique. L ‘"Atelier de Tarinologie" attend désormais les visiteurs redevenus élèves studieux le temps d’une séance : c’est là une animation originale pour apprécier combien la parfumerie est un art scientifique. Le «nez» dispose dans un "orgue" d’une palette d’environ 5.000 à 6.000 odeurs différentes, chacune possédant sa note et sa personnalité. Le créateur doit tenir compte non seulement de l'odeur, de sa ténacité mais aussi du degré de volatilité des différentes essences qui entrent dans sa composition, et de leur réaction sur la peau. Un parfum peut contenir près de 600 composants différents et demander plusieurs années de recherches, de tests minutieux. Les cours, dans le cadre 1900 de la Villa Habanita, sont assurés par un maître-parfumeur. Première étape : Le studio volatile. Un cours théorique d’une heure pour expliquer les différents techniques de fabrication d'un parfum et procéder aux premières séances d'olfaction de bases et d’essences. Deuxième étape : le studio fixateur. Ce cours permet à chaque élève de créer son propre parfum et de le recommander à tout moment, car chaque formule est tenue secrète par Molinard. 

Boutique MolinardUne boutique conclut logiquement la visite.Vers 1900, Molinard a crée un splendide salon de vente typiquement provençal pour recevoir anglais et russes qui prennaient leur quartier d’hiver sur la Riviera. La petite histoire raconte que la Reine Victoria elle-même ne manquait jamais, quand elle était à Grasse, de se faire présenter les eaux parfumées Molinard Jeune. Enrichi d’une collection exceptionnelle de meubles régionaux des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, ce salon a été transformé en petit musée de la parfumerie. On peut y découvrir quelques une des plus fabuleuses créations des grands maîtres­verriers : des flacons anciens signés Lalique ou Baccarat. Poétiques aussi les objets, les documents évoquant l’histoire de Molinard et celle de l’industrie locale comme ses cartes parfumées pour le linge ou ces étiquettes des XVIIIème et XIXème siècle.

Pour en savoir plus avant de partir :

«Les plantes à parfum et huiles essentielles à Grasse : botanique, culture, chimie, production et marché», Gilly, Guy, L'Harmattan, 1997
«Précieux effluves : parfums de collection, 10 ans d'un marché international» , Martin-Hattemberg, J
. Ghozland, F., Milan, 1997
«L'image publicitaire des parfums : communication olfactive», Julien, Mariette, Harmattan Inc., 1997

Pour visiter : Parfums MOLINARD 60, Boulevard Victor Hugo 06130 Grasse
Tel : 04 93 36 01 62
Fax : 04 93 36 03 91 

illustrations. fonds Molinard - D.R